QU’EST-CE QUI GUIDE LES DÉCISIONS LIÉES À L’IRRIGATION AU COURS D’UNE ANNÉE PLUVIEUSE?

Brian Henriott
Soutien aux producteurs d’Hortau

Pendant la saison pluvieuse en Californie, l’irrigation devient le dernier des soucis des producteurs.

C’est lors de plusieurs foires et séminaires agricoles où j’ai assisté depuis les derniers mois que j’ai entendu parler à maintes reprises du concept de « mettre en banque » l’eau de pluie.

À mon avis, ce concept peut porter à confusion, car ces précipitations ne représentent qu’une simple irrigation provoquée par la nature plutôt que par le producteur.

Même si les plantes sont en dormance pendant l’hiver, le besoin en eau de vos cultures n’est pas inexistant .  La respiration, la transpiration et l’évaporation diminuent, mais ne cessent pas complètement.

Dans le cas des cultures saisonnières incluant les plantes à feuillage persistant tels que les agrumes, la demande en eau peut être diminuée en raison des températures plus basses, d’un rayonnement solaire réduit et d’une humidité de l’air plus élevée. Toutefois, les besoins en eau dans ces conditions demeurent bien présents.

Pendant l’hiver, même lorsque les cultures sont en dormance, l’eau continue de circuler dans le profil de sol pour s’évaporer vers l’atmosphère. Que la plante puise activement ou non l’eau du sol, il est important de conserver l’humidité afin de permettre à la plante de survivre à la dormance. C’est notamment le cas pour les vergers et les vignobles.

Je crois que l’on doit considérer davantage la « mise en banque » de l’eau de pluie comme un compte à opérations courantes plutôt que comme un compte d’épargne. Oui, la nature contribue aux fluctuations du compte, mais elle effectue également des retraits.

La « banque » correspond plus à une tirelire. Il y a une limite de quantité d’eau que le sol peut retenir. Une fois cette limite atteinte, l’eau additionnelle devient un ruissellement de surface ou s’infiltre profondément dans le et pénètre l’aquifère.

Ainsi, il faut absolument déterminer la profondeur de sol pouvant être gérée de façon efficace et établir la capacité de rétention d’eau de ce dernier.

J’ai entendu de nombreux producteurs parler de racines d’une profondeur de 4, 5 ou 6 pieds (1,20 m, 1,52 m et 1,82 m). Bien que l’on puisse effectivement trouver des racines à cette profondeur, il s’agit d’un très faible pourcentage de la zone racinaire.

Il est important d’utiliser les ressources dans la zone où elles ont le plus d’impact. Habituellement, nous retrouvons la plus grande capacité de rétention d’eau dans les 2 ou 3 premiers pieds (0,6 à 0,9 m) du profil de sol. C’est aussi la section du sol qui contient la grande majorité des racines actives. C’est donc sur ces 2 ou 3 premiers pieds (0,6 à 0,9 m) que les producteurs doivent concentrer leurs ressources et la gestion de celles-ci.

Selon le type de sol, les 3 premiers pieds (0,9 m) peuvent retenir tout au plus 7 à 8 pouces (18 à 20 cm) d’eau.

En d’autres termes, la quantité maximale d’eau que le sol pourra retenir n’est que de 7 à 8 pouces.

Ceci étant dit, ce nombre ne constitue pas une mesure précise. Les sols qui renferment le plus grand volume d’eau (les sols lourds argileux) retiennent également l’eau de façon extrêmement hermétique; une grande partie de cette eau est donc inaccessible pour les cultures.

Les plantes qui poussent dans un sol lourd argileux commencent à vivre du stress avant même l’utilisation de 50 % de la capacité de rétention d’eau. Cela laisse moins de 3 à 4 pouces (7,6 cm à 10 cm) d’eau accessible dans les 3 premiers pieds (0,9 m) du profil. Qu’est-ce que cela signifie? Cela signifie que la « banque » d’eau du sol n’en est clairement pas une.

Maintenant que nous avons établi qu’il ne faut pas compter sur une « grosse année pluvieuse » pour approvisionner les cultures en eau jusqu’à tard au printemps, nous en revenons à nous demander à quel moment commencer l’irrigation.

Même pendant les hivers peu pluvieux, devrait-on vraiment cesser d’irriguer? J’ai entendu des producteurs de cultures à feuillage caduc affirmer qu’ils ne commençaient pas l’irrigation avant une date précise, peu importe la date des dernières précipitations.

Si les différentes variables comme la pluie, le vent, la température et l’humidité étaient constantes année après année, il pourrait être acceptable de commencer l’irrigation après une certaine date, mais nous savons tous que ce n’est pas le cas. Ainsi, les irrigations en fonction du calendrier ne sont pas exactes.

Qu’en est-il de l’évapotranspiration? Le calcul de l’évapotranspiration est une bonne façon d’obtenir une estimation de la quantité d’eau qu’utilise votre culture. Mais même si on mesure avec précision des variables sur le terrain, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une estimation et non pas d’une mesure précise.

De plus, l’évapotranspiration ne tient pas compte de l’état de la banque d’eau disponible dans le sol. Elle peut supposer que la culture puise de l’eau alors qu’il n’y a plus rien à la disposition de la plante.  Également, l’évapotranspiration pourrait recommander d’appliquer 1,5 pouce (3,5 cm) d’eau alors que le sol ne peut en contenir que 0,75 (1,9 cm).

La tension du sol constitue une mesure directe qui n’est pas affectée par le type de sol, la conductivité électrique ou les différentes variables environnementales auxquels nos cultures sont confrontées. Les tensiomètres mesurent la tension du sol; soit la force avec laquelle les racines des plantes doivent composer afin de puiser l’eau du sol.

Les tensiomètres numériques d’Hortau mesurent cette tension en temps réel à trois profondeurs différentes. Ces mesures donnent aux producteurs un aperçu de ce qui se passe dans leur sol de façon très précise et parce que la tension fait l’objet d’un suivi en temps réel, elle est présentée sous la forme de tendance à chacune des trois profondeurs.

À l’aide d’une application Web, les producteurs peuvent rapidement voir si la tension augmente ou diminue, ce qui leur permet de mieux juger du moment et de la durée des irrigations.

Au bout du compte, le fait de connaître une année sèche ou humide importe peu.

En matière d’irrigation, si l’eau n’est pas disponible dans le sol, la plante devient stressée.

Une gestion inadéquate de l’irrigation se traduit généralement par une diminution des rendements et par l’augmentation de la présence de ravageurs, de maladies et de mauvaises herbes.

Lorsqu’un producteur possède des tensiomètres dans ses champs, la gestion de l’irrigation est en énormément simplifiée.

À PROPOS DE L’AUTEUR

Brian Henriott est le spécialiste du soutien aux producteurs d’Hortau pour le Nord de la Vallée Centrale en Californie. Natif de la région de San Francisco, Il a étudié à l’Université d’État polytechnique de Californie (Cal Poly) à San Luis Obispo, où il a obtenu une spécialisation en production horticole pendant ses études de premier cycle, puis en protection des plantes durant ses études supérieures. Durant ses études à Cal Poly, Brian a développé une passion pour l’entomologie, et a éventuellement transformé cet intérêt en poste de chargé de cours durant deux ans à Cal Poly. Après l’université, Brian a travaillé pendant quatre ans dans la région de la Côte Centrale à titre de responsable des récoltes en production maraîchaire, avant de se joindre à Hortau à temps plein pour aider les producteurs à intégrer la gestion de la tension du sol à leurs activités.